De l’Anambé aux grands défis agricoles du Sénégal, la Société de Développement Agricole et Industriel du Sénégal entame une nouvelle étape avec l’arrivée de l’ingénieur agronome Souleymane Diallo à sa direction générale. Un changement de leadership qui intervient dans un contexte où la continuité de l’action, la maîtrise de l’eau, la modernisation des aménagements et la souveraineté alimentaire apparaissent plus que jamais comme des priorités nationales. Créée en septembre 1974, la Société de Développement Agricole et Industriel du Sénégal (SODAGRI) est née dans un contexte de crise. Au début des années 1970, le Sénégal, à l’image de nombreux pays sahéliens, était confronté à une double crise : celle de l’arachide et celle du climat. Face au déficit céréalier et aux conséquences de la sécheresse, les pouvoirs publics avaient alors fait le choix de renforcer la production agricole et de jeter les bases d’une politique visant l’autosuffisance alimentaire. La mission initiale de la SODAGRI était claire : piloter le développement rural intégré et assurer la mise en valeur des aménagements hydro-agricoles du bassin de l’Anambé, dans le département de Vélingara. Plus d’un demi-siècle plus tard, cette vocation demeure au cœur de son identité, même si son champ d’intervention s’est progressivement élargi aux zones méridionales et orientales du pays. La SODAGRI est aujourd’hui une société anonyme à participation publique majoritaire. Au fil des décennies, elle a élargi ses interventions au-delà du seul bassin de l’Anambé, notamment en Casamance naturelle, à Tambacounda et à Kédougou. Cette extension traduit une évolution majeure : l’agriculture sénégalaise ne peut plus être pensée uniquement à travers quelques bassins de production. La maîtrise des terres, de l’eau, des infrastructures et des chaînes de valeur est désormais une question de souveraineté nationale. Mais cette montée en puissance territoriale soulève une autre question : les moyens humains, financiers, matériels et technologiques ont-ils suivi le rythme de l’élargissement des missions ?Vélingara réclame toujours le retour du siège : une revendication à portée historique ,C’est l’un des défis structurels auxquels la SODAGRI est confrontée. Depuis de nombreuses années, les producteurs, les organisations paysannes et les acteurs locaux de Vélingara réclament le renforcement de l’ancrage territorial de la SODAGRI, notamment à travers l’installation effective de son siège dans sa zone historique d’intervention. Au-delà d’une simple revendication administrative, cette demande revêt une dimension symbolique et historique. Car c’est bien dans le bassin de l’Anambé que l’aventure de la SODAGRI a commencé. Pour les acteurs locaux, rapprocher davantage la direction de son territoire historique serait aussi une manière de renforcer la proximité avec les producteurs et de redonner à Vélingara une place centrale dans la gouvernance du développement agricole. Le Conseil des ministres du 10 septembre 2026 a marqué une nouvelle étape dans l’histoire récente de la société avec la nomination de l’ingénieur agronome Souleymane Diallo au poste de directeur général, en remplacement d’Aboubacar Sidy Sonko. Est ce une nouvelle direction pour un nouveau cycle ?Le nouveau directeur général n’arrive pas en terrain inconnu. Son expérience au sein de la SODAGRI, où il a occupé différentes responsabilités, lui donne une connaissance directe de l’institution, de ses équipes, de ses contraintes et de ses réalités de terrain. Cette connaissance interne pourrait constituer un atout important à l’heure où la société doit répondre à des défis de plus en plus complexes .Depuis sa création en 1974, la SODAGRI a vu se succéder plus d’une dizaine de directeurs généraux. Une succession qui pose une question de fond : comment assurer la continuité d’une politique agricole dont les résultats se construisent sur le temps long lorsque la gouvernance change régulièrement ?Le paradoxe qui reste exposé est d’une agriculture qui exige du temps face à l’instabilité managériale et pourtant l’agriculture n’obéit pas au calendrier politique. L’aménagement d’une vallée, la construction d’un réseau d’irrigation, la modernisation d’une station de pompage ou la restauration d’un périmètre agricole exigent des années, voire des décennies. Or, les changements successifs à la tête des structures agricoles peuvent entraîner de nouvelles orientations, de nouveaux diagnostics, de nouveaux audits et parfois une remise en question des priorités précédentes. Le risque est alors de voir se succéder des cycles de projets sans que les investissements structurants disposent du temps nécessaire pour produire tous leurs effets. Le bassin de l’Anambé illustre parfaitement cette contradiction entre le temps long de l’agriculture et le temps court de la gouvernance. À sa création, la SODAGRI avait un périmètre d’intervention relativement précis. Aujourd’hui, ses responsabilités couvrent un espace beaucoup plus vaste. Cette évolution répond aux ambitions agricoles du Sénégal, mais elle impose également des moyens conséquents. Des missions élargies, mais des moyens à la hauteur du défi ?Aménagements hydro-agricoles, stations de pompage, équipements de terrassement, mécanisation, maintenance, semences, accompagnement des producteurs, données agricoles et outils numériques : les besoins sont considérables. L’enjeu est donc désormais de faire correspondre l’extension des missions à une véritable capacité opérationnelle. Le départ d’Aboubacar Sidy Sonko ne se résume toutefois pas à une passation de pouvoir. Au sein de la SODAGRI, de nombreux témoignages à l’instar de Thierno Ly et de M.Daff qui saluent un responsable dont le passage à la tête de l’institution aura été marqué par une conception profondément humaine du management. Son leadership reposait notamment sur la proximité avec les équipes, l’écoute, la responsabilisation et le partage des connaissances. Pour ses collaborateurs, l’autorité ne se limitait pas à donner des instructions. Elle consistait aussi à fédérer, rassurer, responsabiliser et créer les conditions permettant à chacun de contribuer pleinement à l’œuvre collective. Son attention portée à la personne constitue l’une des dimensions les plus fréquemment mises en avant dans les hommages qui lui sont rendus. Il savait considérer chaque collaborateur avec respect, quelle que soit sa fonction ou sa position hiérarchique. Chez Aboubacar Sidy Sonko, le partage occupait également une place centrale : partage des connaissances, de l’expérience, des responsabilités, mais aussi des succès et des difficultés. Une philosophie qui repose sur une idée simple : la réussite d’un responsable ne se mesure pas uniquement à ce qu’il accomplit lui-même, mais aussi à ce qu’il permet aux autres d’accomplir. Cette conception du management explique, en partie, l’attachement exprimé par une partie du personnel à son endroit. Au-delà des résultats administratifs ou des projets engagés, il laisse une empreinte humaine : celle d’un responsable qui a cherché à placer les femmes et les hommes au cœur de la performance institutionnelle. L’hommage rendu à Aboubacar Sidy Sonko porte également sur sa vision du développement de la SODAGRI. Son ambition, selon ses collaborateurs, était de renforcer les capacités de l’institution, d’améliorer son efficacité, de valoriser ses ressources humaines et de consolider son rôle dans le développement agricole et territorial. Son passage aura ainsi été marqué par une volonté de préparer l’avenir plutôt que de se limiter à la gestion du quotidien. Dans une institution appelée à évoluer au rythme des politiques agricoles nationales, cette capacité à anticiper et à donner du sens à l’action collective constitue un héritage important. Producteurs et productrices, jeunes, femmes, organisations professionnelles, personnel de la SODAGRI, autorités administratives, territoriales, locales et coutumières : les témoignages de reconnaissance constituent aujourd’hui l’un des marqueurs de son passage. Hommage donc à un manager, mais surtout à un homme de valeurs et d’humanité. Souleymane Diallo face au triple défi du post Septembre 2026 car avec lui la SODAGRI ouvre désormais un nouveau chapitre. Le nouveau directeur général prend les rênes d’une société confrontée à trois défis majeurs. Premier défi : le changement climatique et la maîtrise de l’eau La variabilité croissante des pluies au Sahel impose de réduire la dépendance de l’agriculture aux précipitations. Pour la SODAGRI, cela signifie accélérer la modernisation des stations de pompage, sécuriser les infrastructures hydrauliques et poursuivre les aménagements hydro-agricoles. La maîtrise de l’eau devient ainsi l’une des conditions fondamentales de la souveraineté alimentaire. Le Deuxième défi : produire davantage pour réduire les importations Le Sénégal veut renforcer sa souveraineté alimentaire et réduire sa dépendance aux importations, notamment dans le secteur du riz. Dans cette perspective, les vallées du Sud disposent d’un potentiel considérable .La responsabilité de la SODAGRI sera de transformer ce potentiel en véritables pôles de production performants, capables d’assurer une production régulière et compétitive au bénéfice du marché national. L ’enjeu ne sera plus seulement d’aménager des terres, mais de construire des systèmes agricoles productifs, rentables et durables. Et le Troisième défi : technologie, mécanisation et jeunesse L’agriculture de demain ne pourra pas reposer uniquement sur les méthodes traditionnelles. Semences certifiées, mécanisation, nouvelles technologies, digitalisation des chaînes de valeur, accès à l’information agricole et modernisation des services d’appui deviennent incontournables. Pour freiner l’exode rural et donner envie aux jeunes de rester ou de revenir dans les territoires agricoles, il faudra faire de l’agriculture un véritable secteur économique offrant des perspectives de revenus, d’innovation et d’entrepreneuriat. Créée en 1974 dans le contexte d’une crise alimentaire et climatique, elle avait pour ambition de contribuer à l’autosuffisance alimentaire du Sénégal. En 2026, cinquante-deux ans plus tard, le pays poursuit toujours cet objectif sous le nouveau vocable de souveraineté alimentaire. Entre les deux périodes, les technologies ont changé, les territoires d’intervention se sont élargis et les défis climatiques se sont accentués .Mais une question demeure : comment transformer durablement le potentiel agricole du Sénégal en production, en revenus pour les producteurs et en sécurité alimentaire pour les populations ?Le véritable défi de la nouvelle direction sera donc moins de réinventer la SODAGRI que de lui permettre de s’inscrire dans la durée. Comment garantir la continuité des grands programmes ? Comment sanctuariser les investissements structurants ? Comment donner à la société les moyens correspondant à l’étendue de ses missions ? Comment renforcer son autonomie de gestion tout en l’inscrivant pleinement dans les orientations nationales ?La réponse passera nécessairement par des objectifs clairs, des indicateurs de performance, une programmation pluriannuelle des investissements et une gouvernance capable de dépasser les cycles de changements de direction. Car l’histoire de la SODAGRI montre une réalité : l’expertise technique n’a jamais totalement fait défaut. Le véritable défi est de transformer cette expertise en résultats durables grâce à la stabilité, aux moyens et à la continuité de l’action. La nomination de Souleymane Diallo intervient donc à un moment charnière. Le nouveau directeur général connaît la maison. Il connaît ses hommes et ses femmes. Il connaît également les réalités du terrain et les contraintes auxquelles sont confrontés les producteurs. Son avantage est précisément celui-là : il n’arrive pas pour découvrir la SODAGRI, mais pour lui donner un nouvel élan. À Vélingara comme dans les autres territoires d’intervention, producteurs, femmes, jeunes, organisations professionnelles et collectivités attendent désormais des résultats. Après 52 ans d’histoire, le défi n’est plus seulement de faire fonctionner une société d’aménagement agricole. Il s’agit désormais de faire de la SODAGRI un instrument puissant de transformation des territoires, de modernisation de l’agriculture et de souveraineté alimentaire du Sénégal .L’histoire a commencé dans l’Anambé.et si cette histoire est capable, enfin, de changer d’échelle: la SODAGRI face au paradoxe entre le temps long de l’agriculture et l’instabilité de sa gouvernance. Babacar Sene Journal Agropasteur
