Le Bulletin d’Informations Pastorales N°63, publié par le Comité Pastoral du Sénégal en septembre 2026, dresse un état des lieux contrasté de la situation pastorale au Sénégal. La végétation connaît une évolution globalement favorable, les mares sont bien rechargées et les intrants fourragers ont été largement mis en place. Mais derrière ces signaux positifs persistent plusieurs points de vigilance : risque de déficit pluviométrique dans le Nord et le Centre, stress thermique, vols de bétail, foyers de maladies animales et hausse des prix sur les marchés .Coordonné par la Direction de l’Élevage du Ministère de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage (MASAE), en collaboration avec les services techniques, structures spécialisées et partenaires du secteur pastoral, le Bulletin d’Informations Pastorales constitue un outil de suivi de la campagne pastorale et des principaux facteurs susceptibles d’affecter les éleveurs et leurs troupeaux.Pour ce mois de septembre, cinq faits saillants se dégagent : le développement du tapis herbacé, la mise en place des intrants fourragers, le bon remplissage des mares, une situation zoosanitaire globalement sous contrôle et la hausse des prix du bétail.Ces indicateurs traduisent une amélioration de plusieurs paramètres essentiels à la mobilité et au maintien du cheptel dans les zones pastorales. Mais les données météorologiques et sanitaires appellent également à la prudence.Les prévisions saisonnières annoncent, pour Septembre, une situation pluviométrique normale à déficitaire, avec un risque de déficit plus marqué dans les localités du Nord et du Centre du pays.Pour octobre, la tendance devrait évoluer vers une situation normale à excédentaire sur une bonne partie du territoire, avec un signal particulièrement humide vers l’Est et le Sud-Est.Cette évolution ne signifie toutefois pas la fin des risques. Malgré une tendance mensuelle globalement normale à déficitaire en septembre, des épisodes ponctuels de fortes pluies restent possibles, notamment dans l’Ouest, le Centre et le Sud-Est.Autre enseignement important : la saison des pluies pourrait connaître une fin tardive sur une grande partie du territoire, laissant envisager une poursuite des activités pluvieuses au-delà des dates habituelles.Le mois d’août a rappelé que l’amélioration de la pluviométrie ne va pas sans risques.Des phénomènes météorologiques extrêmes ont provoqué des incidents mortels dans plusieurs localités. La foudre a notamment causé des pertes en vies humaines à Mereto, Yène, Nioro, Diama et Koumaré.Les intempéries du 20 août, marquées par des pluies orageuses et des vents violents atteignant 80 km/h à Dakar et 60 km/h vers l’AIBD, ont également provoqué d’importants dégâts matériels : chutes d’arbres à Thiès et Dakar, destructions de toitures et perturbations dans plusieurs localités.Les inondations ont, par ailleurs, entraîné des cas de noyade, notamment à Latmingué, ainsi que des pertes de marchandises et de denrées alimentaires dans plusieurs marchés.Certaines quantités de pluie enregistrées en août témoignent de l’intensité des épisodes pluvieux : 94 mm à Gossas le 20 août, 102 mm à Ndiaffate et Gagnick le 16 août, 110 mm à Ouadiour, 115 mm à Diakhao et 117 mm à Mbeloube le 13 août.Dans la Zone agrosylvopastorale, la prévision de l’Indice de Température et d’Humidité (ITH), utilisé pour mesurer le niveau de stress thermique des animaux d’élevage, constitue un autre indicateur important.Avec les fortes humidités attendues en septembre, les valeurs de l’ITH devraient rester majoritairement dans la catégorie sévère, entre 80 et 85.Une situation plus modérée est cependant prévue dans le reste de la zone, notamment dans la moitié sud de la région de Tambacounda.Cette situation rappelle que, même lorsque l’eau et les pâturages sont disponibles, le confort thermique du cheptel demeure un enjeu majeur pour la productivité et la santé animale.La végétation reprend des couleursSur le front pastoral, les indicateurs de végétation sont plutôt encourageants.À la troisième décade du mois d’août, la croissance de la végétation s’est poursuivie favorablement sur l’ensemble du territoire national, avec des valeurs du NDVI , indice de végétation par différence normalisée allant de moyennes à élevées.Par rapport à la décade précédente, une nette amélioration est observée dans le Centre et le Nord, notamment dans les régions de Kaffrine, Diourbel et Fatick, ainsi que dans les départements de Koumpentoum, Ranérou, Kanel, Linguère, Louga et Kébémer.Cette amélioration est directement liée aux quantités de pluie enregistrées en août, dont les cumuls ont atteint ou dépassé par endroits la normale de référence 1991-2020.Dans les zones pastorales de Ranérou et Linguère, les profils NDVI restent proches de la moyenne de la série 1999-2025. À Koungheul, en revanche, le niveau se situe légèrement au-dessus de la moyenne depuis la deuxième décade d’août.Mais la zone sylvopastorale reste sous surveillanceL’analyse du Vegetation Condition Index (VCI) apporte toutefois une nuance importante.À la troisième décade d’août, les conditions de croissance de la végétation restent défavorables dans la zone sylvopastorale.À l’inverse, les conditions apparaissent favorables en Casamance, au Sénégal oriental et dans une bonne partie du Bassin arachidier, confirmant l’amélioration observée à travers le NDVI.Le message du Bulletin est donc clair : la reprise végétative est réelle, mais elle demeure inégale selon les territoires.Dans le cadre de la campagne fourragère 2026-2027, le MASAE, à travers les Directions de l’Élevage et de l’Agriculture, a procédé à la mise en place des intrants fourragers destinés aux producteurs, notamment les éleveurs, agro-éleveurs et acteurs de l’agrobusiness.À la date de l’évaluation, plus de 90 % des objectifs sont atteints pour l’ensemble des intrants, à l’exception du triple 15, dont le taux de mise en place s’établit à 87,6 %.(Intrant Objectif réalisation et et taux de mise en place )Niébé170 t167,032 t98,2 %Maïs35 t36,8 t105,14 %Sorgho65 t61,036 t93,90 %Urée80 t74,6 t93,25 %Triple 15100 t87,6 t87,6 %6-20-1070 t70 t100 %Quelques écarts sont néanmoins enregistrés. Ils sont notamment liés à l’épuisement des stocks chez certains opérateurs fournisseurs d’intrants, ainsi qu’à des retards et au non-respect des engagements de certains fournisseurs.4Les semis des graminées annuelles sont terminés, tandis que ceux des légumineuses, notamment le niébé, se poursuivent principalement dans la zone Nord.Malgré un démarrage perturbé par une longue pause pluviométrique, les premières cultures affichent un état satisfaisant et un développement végétatif globalement bon.Eau : les forages affichent un taux de fonctionnalité de 98,25 %.Dans la zone agrosylvopastorale, 1 349 forages sur 1 373 sont fonctionnels, soit un taux global de disponibilité de 98,25 %.La Brigade des Puits et Forages de Ranérou affiche le meilleur résultat avec 100 % de fonctionnalité, tandis que Tambacounda présente le taux le plus faible, avec 97,47 %.ZoneForagesEn panneFonctionnelsDisponibilitéTambacounda158415497,47 %Matam173416997,69 %Kaffrine227522297,80 %Louga153315098,04 %Linguère176117599,43 %Ndioum276627097,83 %Ranérou-Ferlo59059100 %Goudiry151115099,34 %Total1 373241 34998,25 %Le Bulletin invite les populations à signaler rapidement toute panne auprès des services compétents – Brigades des Puits et Forages, OFOR ou Délégation de Service Public – afin de réduire les délais d’intervention.Les mares, premières sources d’abreuvementEn août, les mares ont constitué la principale source d’abreuvement du bétail dans plusieurs zones, notamment Dahara-Thiamène, Labgar, Téssékéré et Dolly, Ranérou, Younouféré, Nabadji-Civol, Kothiary, Sinthiou Malem et Pass Koto.Leur recharge par les pluies a permis d’assurer une disponibilité globalement satisfaisante en eau.Les fleuves et les lacs jouent également un rôle stratégique à Thillé Boubacar, Niangal-Bokhol et Keur Ayip, tandis que les forages et les puits assurent un rôle complémentaire dans certaines zones.Cette disponibilité en eau contribue au maintien du cheptel dans les zones pastorales et au retour progressif de certains troupeaux transhumants.Mouvements du bétail : les troupeaux reviennent là où l’eau et l’herbe sont au rendez-vousLes fortes concentrations de bétail observées à Keur Ayip, Dahara-Thiamène, Wendou Loumbel, Labgar, Darou Mousty, Galoya, Ngabou, Payar et Pass Koto s’expliquent principalement par l’amélioration des pâturages et la disponibilité de l’eau.Des arrivées importantes sont également enregistrées dans plusieurs de ces localités ainsi qu’à Diwane Thionokh, dans le Ferlo.Des retours de troupeaux sont par ailleurs signalés à Gandé Kéllé, Galoya et Keur Ayip.À l’inverse, les concentrations restent faibles à Ndiaffate, Ndiago, Abioum Gaintli et Missirah Wadène. À Kothiary, cette faible concentration pourrait être liée à des mouvements récents de troupeaux de retour de transhumance ou au rôle de la localité comme zone de transit.Le vol de bétail demeure concentré dans certaines zones pastorales.Les cas les plus importants sont enregistrés à Wendou Loumbel, avec 29 bovins et 41 petits ruminants volés. À Dolly, environ 50 ovins sont concernés. D’autres cas sont signalés à Abioum Gaintli, Darou Mousty et Galoya.Des vols de bovins, ovins et caprins sont également rapportés à Nianga et Bokhol.Le phénomène reste cependant circonscrit puisque la majorité des sites sentinelles n’ont signalé aucun cas.Le Bulletin souligne par ailleurs que certains animaux déclarés volés sont retrouvés après les recherches menées par les éleveurs et les communautés, tandis que d’autres peuvent avoir été temporairement égarés ou intégrés à d’autres troupeaux.La situation sanitaire du cheptel demeure sous surveillance.Au mois d’août, 867 foyers de suspicion de maladies ont été rapportés sur un effectif sensible de 179 100 sujets, dont 64 563 malades et 3 556 morts.Les principales suspicions concernent notamment :Dermatose nodulaire contagieuse bovine : 172 foyersPasteurellose bovine, ovine et caprine : 96 foyersClavelée et variole caprine : 52 foyersBotulisme bovin, équin, ovin, caprin et asin : 51 foyersEntérotoxémie bovine, ovine et caprine : 49 foyersDans la zone sylvopastorale et de transit, 327 suspicions de foyers ont été rapportées sur un effectif sensible de 228 818 sujets, avec 21 327 animaux malades et 3 030 morts, soit un taux de mortalité de 1,32 %.Face à ces foyers, les services compétents ont mis en œuvre plusieurs mesures : traitement des animaux malades, vaccination autour des foyers, nettoyage et désinfection, saisie des organes impropres à la consommation, enfouissement des cadavres et sensibilisation des communautés.Le mois d’août a été fortement marqué par le Magal de Touba et le Maouloud, deux événements religieux ayant un impact direct sur le commerce du bétail.Après une forte augmentation de l’offre et de la demande en juillet, les marchés ont enregistré en août une baisse des effectifs présentés et vendus pour les trois principales espèces suivies.Paradoxalement, cette contraction de l’offre s’est accompagnée d’une hausse des prix moyens.Bovins : offre en baisse, prix en hausseL’offre bovine est passée de 78 607 têtes en juillet à 65 866 en août, soit une baisse de 16,2 %.La demande a également diminué, passant de 45 658 à 41 943 têtes, soit -8,1 %.Malgré cette baisse, le prix moyen d’un bovin est passé de 451 491 à 471 343 FCFA, soit une progression de 4,4 %.Ovins : le marché se normalise après les grandes fêtesL’offre ovine a chuté de 187 966 à 126 274 têtes, soit -32,8 %.La demande est passée de 101 552 à 77 902 têtes, soit une baisse de 23,3 %.Le prix moyen a néanmoins légèrement progressé, de 92 916 à 94 161 FCFA, soit +1,3 %.Caprins : recul de l’offre, mais hausse sensible du prixL’offre caprine a diminué de 50 935 à 39 835 têtes, soit -21,8 %.La demande a également baissé, passant de 31 923 à 26 640 têtes, soit -16,5 %.Le prix moyen, en revanche, a progressé de 51 847 à 55 560 FCFA, soit une hausse de 7,2 %.À Touba, les camelins font une percée spectaculaireLe recensement effectué à Touba à l’occasion du Grand Magal révèle une évolution particulièrement remarquable.Les bovins sont passés de 37 455 têtes en 2025 à 45 804 en 2026, soit +22,3 %.Les ovins ont progressé de 31 704 à 44 616 têtes, soit +40,7 %.Les caprins sont légèrement en recul, de 2 014 à 1 940 têtes, soit -3,7 %.Mais le fait le plus spectaculaire concerne les camelins, dont les effectifs sont passés de 4 749 à 13 019 têtes, soit une progression de 174,1 %.Les prix observés à Touba varient entre 350 000 et 2 200 000 FCFA pour les bovins, 80 000 et 350 000 FCFA pour les ovins, 60 000 et 100 000 FCFA pour les caprins, et 580 000 à 1 750 000 FCFA pour les camelins.Ces données traduisent une forte disponibilité du bétail à Touba en 2026, notamment pour les bovins, les ovins et surtout les camelins.Les recommandations : Face à cette situation pastorale globalement favorable mais encore fragile, le Comité pastoral recommande notamment à l’État et aux partenaires de :Suivre les zones présentant des risques de déficit fourrager ;Renforcer la vaccination des chiens contre la rage et la sensibilisation des communautés ;Renforcer la surveillance épidémiologique active et passive dans les marchés à bétail et les exploitations avicoles ;Assurer un suivi régulier de l’installation et du développement des cultures fourragères.Au-delà de la multitude de chiffres, le Bulletin pastoral n°63 livre une tendance forte : le Sénégal pastoral bénéficie en cette fin d’hivernage de conditions globalement plus favorables pour l’eau, les pâturages et la mobilité du bétail.Mais cette embellie reste fragile.Les risques de déficit pluviométrique dans le Nord et le Centre, le stress thermique, les maladies animales, les vols de bétail et les fluctuations des marchés montrent que la résilience du pastoralisme ne peut reposer uniquement sur la pluviométrie.La surveillance des ressources naturelles, la sécurisation de l’abreuvement, la prévention sanitaire, le développement des cultures fourragères et l’anticipation des mouvements de troupeaux restent donc déterminants.En septembre 2026, le pastoralisme sénégalais semble ainsi disposer de meilleures cartes qu’au cours des périodes difficiles de la saison. Mais la vigilance reste de mise : dans les territoires pastoraux, une bonne pluie ne suffit pas à elle seule à garantir une bonne saison.Le Bulletin d’Informations Pastorales est coordonné par la Direction de l’Élevage/MASAE, avec la contribution notamment de la DPES/MASAE, du ST-CNSA, de la DEEC, du PRAPS, du PDEPS, de l’ACF, de l’AVSF, de la DH, de l’ISRA, de l’ANACIM, de la CSA, du CSE, de la DA, de la DEFCCS, de la DGPRE, de la DIREL, de la DSV, de la DIA et de la DDEQ, avec l’appui de partenaires tels que l’ILRI, le PRAPS, le PDEPS et TAAT.Babacar sene journal Agropasteur (bulletin d’Informations Pastorales 63 Sept 2026)
