De l’Afrique de l’Est à l’Afrique de l’Ouest, le commerce clandestin des peaux d’ânes révèle les dérives d’une filière devenue lucrative. Des Vols organisés, des abattages clandestins, la circulation transfrontalière qui justifient que derrière la peau devenue un produit recherché se joue désormais un enjeu panafricain de protection du cheptel et de sécurité des populations rurales.
Au Kenya, une récente étude du National Crime Research Centre (NCRC) met en lumière une évolution préoccupante du phénomène. Le vol d’ânes, autrefois considéré comme une succession d’actes isolés, tendrait à prendre la forme d’une activité criminelle organisée, associant vol, abattage clandestin et trafic transfrontalier.Le constat est particulièrement préoccupant : la peau de l’âne est devenue l’actif recherché par les trafiquants.Dans les zones rurales, les ânes sont de plus en plus ciblés, notamment la nuit et dans les espaces éloignés. Après leur vol, certains sont abattus dans des lieux dissimulés afin d’extraire leurs peaux, ensuite intégrées dans des circuits commerciaux souvent difficiles à contrôler.Le cas du Kenya ne doit cependant pas être considéré comme un phénomène exclusivement est-africain. La circulation des animaux, des produits issus de leur abattage et des réseaux commerciaux entre pays pose une question plus large : comment l’Afrique peut-elle protéger ses populations rurales face à des filières criminelles qui exploitent les failles des frontières et des systèmes de contrôle ?Dans de nombreuses communautés africaines, l’âne demeure un animal essentiel à la vie économique et sociale. Il facilite le transport de l’eau, du bois, des récoltes et des marchandises. Pour les petits producteurs et les ménages ruraux, sa disparition peut représenter une perte économique considérable. Le vol d’un âne ne signifie donc pas seulement la disparition d’un animal. Il peut entraîner une baisse de la capacité de production, une augmentation de la pénibilité du travail et une fragilisation des revenus des familles rurales et derrière le commerce des peaux, la vulnérabilité des communautés est de mise .La question mérite d’être replacée dans le contexte plus large des transformations du monde rural africain. Dans les zones pastorales et agropastorales, les équidés constituent un élément important des moyens d’existence. Leur utilisation est particulièrement stratégique pour les populations disposant de faibles moyens financiers et ayant difficilement accès à la mécanisation. Lorsque les vols se multiplient, les communautés deviennent non seulement victimes d’un préjudice économique, mais également confrontées à un sentiment croissant d’insécurité. Le commerce illégal des peaux d’ânes devient ainsi une question de sécurité rurale, de protection du patrimoine animal et de souveraineté économique locale. Face à des réseaux qui peuvent exploiter les frontières nationales, les réponses isolées risquent de montrer rapidement leurs limites. L’enjeu est désormais de renforcer la coopération entre les États africains, notamment en matière de surveillance des marchés, traçabilité, contrôle des abattages, lutte contre les abattages clandestins, partage d’informations et coopération entre services de sécurité et administrations vétérinaires. Les organisations paysannes et pastorales doivent également être associées à cette lutte. Elles sont les premières à constater les mouvements suspects, les disparitions d’animaux et les conséquences économiques du phénomène. Protéger l’âne, c’est aussi protéger les moyens d’existence car l’Afrique ne peut considérer l’âne uniquement comme une marchandise potentielle. Dans des millions de familles rurales, il constitue avant tout un outil de travail, de transport et de résilience. La lutte contre le trafic des peaux d’ânes doit donc être intégrée aux politiques africaines de développement rural, de sécurité alimentaire, d’élevage et de protection des moyens d’existence. Au-delà du Kenya, le phénomène interpelle l’ensemble du continent. Si les réseaux criminels peuvent agir au-delà des frontières, la réponse africaine doit elle aussi dépasser les frontières. La protection des ânes devient ainsi un nouvel enjeu de coopération panafricaine : protéger un animal indispensable aux communautés rurales, c’est aussi défendre leurs revenus, leur sécurité et leur capacité à résister aux crises. Babacar sene journal Agropasteur (Source Brooke W/E Africa)
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