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Intervenant au cours du panel organisé à la COP17 à Oulan Bator , l’Experte Senegalaise Mme Yandé Ndiaye a notamment souligné que, sur le terrain, la dégradation des terres est aussi une question de droits et d’accès équitable aux ressources naturelles. Les échanges ont permis de dépasser une approche essentiellement théorique de la diplomatie scientifique pour mettre en évidence les conditions concrètes permettant de mieux relier recherche scientifique, données, réalités locales et décision publique, depuis les communautés jusqu’aux instances nationales, régionales et internationales. L’un des principaux enseignements du panel est que la dégradation des terres ne saurait être considérée uniquement comme un phénomène biophysique ou environnemental. Elle est également étroitement liée aux questions de gouvernance foncière, de sécurisation des droits, d’accès aux ressources naturelles, de mobilité pastorale et de coexistence entre différents usages des terres. La participation des communautés aux processus de décision, ainsi que les phénomènes d’accaparement ou de concentration foncière, constituent également des facteurs à prendre en compte dans l’analyse des dynamiques territoriales. Intervenant au cours du panel, l’Experte Senegalaise Mme Yandé Ndiaye a notamment souligné que, sur le terrain, la dégradation des terres est aussi une question de droits et d’accès équitable aux ressources naturelles.Elle a relevé que les pratiques locales sont souvent mises en cause dans les débats sur la dégradation des terres, alors que les dynamiques foncières et l’exclusion des communautés des processus de décision peuvent également jouer un rôle déterminant.« Si les données ne prennent pas en compte les dynamiques foncières et les réalités locales, les politiques publiques risquent de ne traiter qu’une partie du problème », a-t-elle fait valoir.La question des données a occupé une place importante dans les échanges. Les participants ont reconnu leur rôle essentiel dans la compréhension des transformations des territoires et dans l’orientation des politiques publiques.Toutefois, la production de données ne constitue pas une fin en soi. Pour être réellement utiles à la décision, les données doivent répondre à plusieurs exigences.Elles doivent d’abord refléter les réalités du terrain, notamment les changements rapides d’usage des terres liés, entre autres, à l’expansion des établissements humains. Elles doivent également être comparables entre territoires et entre pays, ce qui nécessite des standards, des outils de collecte et des systèmes de rapportage communs, notamment dans les espaces transfrontaliers.Enfin, les données doivent être co-construites avec les communautés et les autres acteurs concernés. Ces derniers ne devraient pas être associés uniquement à la collecte d’informations, mais également à la définition des questions de recherche : quelles informations sont nécessaires, pour répondre à quels problèmes et selon quels processus ?Dans cette perspective, Mme Yandé Ndiaye a proposé que la diplomatie scientifique contribue à promouvoir des indicateurs construits avec les communautés, notamment sur la sécurité foncière, la mobilité pastorale et l’accès aux ressources naturelles.Au-delà de la question des données, les discussions ont progressivement mis en évidence un autre enjeu majeur : la confiance entre les acteurs.La disponibilité de données scientifiques ne garantit pas automatiquement leur prise en compte dans les politiques publiques. Pour que la science puisse véritablement contribuer au dialogue politique, une relation de confiance doit être établie entre chercheurs, communautés, citoyens, administrations, décideurs, organisations régionales et institutions internationales.Selon Mme Ndiaye , cette confiance ne se décrète pas. Elle se construit dès les premières étapes du processus de recherche. Cela implique notamment que les communautés soient sécurisées dans leurs droits et leur accès aux ressources, qu’elles soient associées à la formulation des questions de recherche, aux méthodes utilisées et à l’interprétation des résultats.La transparence sur l’utilisation des données et sur les bénéfices attendus de la recherche constitue également un élément essentiel.Cette approche a été illustrée par l’expérience de la Plateforme nationale de gouvernance foncière (PNGF) au Sénégal, qui rassemble chercheurs, communautés, société civile et représentants des pouvoirs publics dans un espace de coproduction des connaissances.La participation des institutions publiques à ce processus facilite l’appropriation des résultats de la recherche et leur prise en compte dans la décision. De leur côté, les communautés sont davantage disposées à participer lorsqu’elles comprennent les objectifs de la recherche, prennent part aux choix méthodologiques et constatent que leur parole est effectivement prise en considération.Ainsi, la confiance ne se construit pas seulement au moment de présenter les résultats d’une recherche. Elle se construit dans la manière même dont les connaissances sont produites.Les échanges ont également porté sur les territoires transfrontaliers, où plusieurs pays partagent les mêmes ressources naturelles et les mêmes écosystèmes.L’intervention d’un représentant de la Commission des ressources en eau du Zambèze a mis en lumière une difficulté récurrente : plusieurs institutions peuvent intervenir sur un même territoire  organisations de bassin, structures de conservation transfrontalière, administrations nationales ou organismes scientifiques et produire parallèlement des données sans disposer de mécanismes suffisamment efficaces pour les partager.Le défi n’est donc pas toujours l’absence de données, mais plutôt leur partage, leur harmonisation et la coordination entre institutions disposant de mandats différents.Dans ce contexte, la diplomatie scientifique peut jouer un rôle de facilitateur en contribuant à construire un langage commun, à harmoniser les méthodes et à favoriser une action collective entre les pays et les institutions.Un autre enseignement important du panel concerne la nécessité d’articuler les différentes échelles de gouvernance.La diplomatie scientifique ne devrait pas se limiter au niveau international. Elle doit établir une véritable chaîne reliant les communautés et les territoires, les plateformes nationales, les institutions régionales, les instances internationales et l’Interface Science-Politique (SPI) de la CNULCD.Les participants ont ainsi souligné l’importance de renforcer les mécanismes qui existent déjà plutôt que de multiplier systématiquement les nouvelles structures.Pour Yandé Ndiaye, l’un des principaux maillons à renforcer se situe entre les dispositifs locaux qui produisent les données et connaissances, notamment foncières, et les instances nationales chargées de la décision.Au Sénégal, les plateformes de gouvernance foncière constituent déjà des espaces réunissant communautés, société civile, chercheurs et décideurs. Ces mécanismes pourraient davantage être valorisés pour assurer une circulation de l’information dans les deux sens : du local vers l’international, mais aussi de l’international vers le local, afin que les orientations internationales puissent effectivement nourrir les politiques et leur mise en œuvre sur le terrain.Les institutions régionales et les réseaux de recherche ont, à cet égard, un rôle important à jouer comme passerelles entre ces différentes échelles.Au niveau de la CNULCD, l’Interface Science-Politique (SPI) constitue déjà un mécanisme institutionnel destiné à rapprocher les connaissances scientifiques des processus de décision.L’enjeu ne serait donc pas nécessairement de créer un mécanisme supplémentaire, mais plutôt de construire un circuit permettant aux connaissances produites localement de remonter vers les espaces nationaux, régionaux et internationaux de décision.Dans la perspective de l’après-COP17, l’une des priorités identifiées consiste ainsi à consolider les mécanismes nationaux reliant la science, les politiques publiques et les acteurs de terrain, avec un leadership partagé entre gouvernements, centres de recherche, société civile et collectivités territoriales.Au terme des échanges, une chaîne logique s’est dégagée : réalités locales, données fiables, coproduction des connaissances, confiance, dialogue multi-acteurs, plateformes nationales et régionales, Interface Science-Politique, décision et mise en œuvre.Trois enseignements majeurs sont retenus:Premièrement, la diplomatie scientifique doit partir des territoires. La dégradation des terres doit être analysée à travers les droits fonciers, les usages des terres, l’accès aux ressources et les relations entre les acteurs, au même titre que les indicateurs environnementaux.Deuxièmement, la confiance est aussi importante que la donnée. Elle se construit par la participation, la coproduction des connaissances, la transparence et la reconnaissance des différents détenteurs de savoirs.Troisièmement, la priorité doit être accordée au renforcement et à la connexion des mécanismes existants. L’objectif est moins de multiplier les plateformes que de donner à celles qui fonctionnent déjà les moyens institutionnels, techniques et financiers nécessaires.En définitive, le panel a montré que la diplomatie scientifique ne consiste pas simplement à produire davantage de connaissances. Elle doit permettre de transformer ces connaissances en confiance, en dialogue et, finalement, en décisions concrètes.La contribution de Yandé Ndiaye s’est notamment articulée autour de trois idées fortes : intégrer les droits fonciers et les réalités locales dans l’analyse de la dégradation des terres ; construire la confiance à travers la coproduction des connaissances ; et renforcer les plateformes existantes afin de mieux relier les réalités du terrain aux espaces nationaux, régionaux et internationaux de décision.Une meilleure science, ont retenu les participants, n’est pas seulement celle qui produit davantage de données. C’est aussi celle qui produit des connaissances partagées, comprises et reconnues par les populations qui vivent et travaillent sur les terres.Babaclimat Journal Agropasteur

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