À l’approche de la COP31 sur le climat, prévue en novembre 2026, Landscape Alliance organise, le 5 novembre prochain, un événement international en ligne consacré à la restauration des paysages à travers la Grande Muraille Verte africaine. Au centre des échanges : la régénération naturelle assistée par les agriculteurs (RNA), une pratique éprouvée dont le déploiement à grande échelle pourrait contribuer à restaurer les terres dégradées, renforcer les moyens de subsistance des communautés rurales et améliorer la résilience face aux changements climatiques.Comment accélérer le reverdissement des terres dans les pays de la Grande Muraille Verte africaine en s’appuyant davantage sur les agriculteurs et les communautés locales ? C’est autour de cette question que se tiendra, le 5 novembre 2026, un événement d’apprentissage croisé consacré à la restauration des paysages, avec une attention particulière portée à la régénération naturelle assistée par les agriculteurs.Organisée en ligne, avec une interprétation simultanée en français et en anglais, cette rencontre réunira des décideurs nationaux et infranationaux, des bailleurs de fonds, des organisations non gouvernementales, des chercheurs et des praticiens engagés dans la restauration des terres. Elle intervient à quelques jours de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP31), dans un contexte où la restauration des écosystèmes et la résilience des systèmes agricoles occupent une place croissante dans les agendas internationaux.L’ambition est claire : dépasser les initiatives ponctuelles pour faire du reverdissement porté par les communautés une approche durable, soutenue par des politiques publiques adaptées, des investissements à long terme et une meilleure sécurisation des droits des agriculteurs.Dans les pays de la Grande Muraille Verte, des millions d’agriculteurs ont déjà contribué au reverdissement de leurs terres en protégeant et en gérant les arbres et les arbustes qui repoussent naturellement dans les champs, les espaces communautaires et les pâturages.Cette pratique, connue sous le nom de régénération naturelle assistée par les agriculteurs (RNA), consiste à favoriser la repousse et le développement de la végétation ligneuse déjà présente dans les sols, plutôt que de dépendre exclusivement de la plantation de nouveaux arbres.La régénération naturelle assistée,reste une solution éprouvée au SahelAu Niger, au Mali et en Éthiopie, cette approche a contribué à restaurer des millions d’hectares. Elle se développe également au Sénégal et dans d’autres territoires confrontés à la dégradation des terres, à la baisse de la fertilité des sols et aux effets de la variabilité climatique.Son intérêt réside notamment dans son coût relativement faible et dans la place centrale accordée aux communautés rurales. En protégeant les arbres utiles à leurs activités, les agriculteurs peuvent contribuer à améliorer la fertilité des sols, à soutenir les rendements agricoles, à diversifier leurs sources de revenus et à renforcer la résistance des exploitations aux épisodes de sécheresse.La plantation d’arbres conserve toutefois toute son utilité, notamment dans les zones où la régénération naturelle est limitée ou lorsque les producteurs souhaitent introduire des espèces particulières, comme les arbres fruitiers. Les deux approches peuvent ainsi se compléter dans une stratégie globale de restauration des paysages.Des politiques publiques plus favorables au reverdissementMalgré ses résultats et son potentiel, la régénération naturelle assistée ne bénéficie pas encore partout du niveau d’attention et de financement nécessaire à son déploiement à grande échelle.L’expérience des territoires où cette pratique a progressé montre que les initiatives des agriculteurs produisent davantage de résultats lorsqu’elles sont accompagnées par des politiques publiques favorables. À l’inverse, l’insécurité foncière, l’incertitude concernant les droits sur les arbres et certaines réglementations contraignantes peuvent décourager les producteurs d’investir dans la restauration de leurs terres.La question des droits fonciers et de l’accès aux ressources naturelles apparaît donc comme un enjeu majeur. Pour les communautés rurales, protéger un arbre, entretenir une parcelle ou laisser se régénérer la végétation suppose de pouvoir bénéficier durablement des avantages économiques et environnementaux de leurs efforts.La rencontre du 5 novembre examinera ainsi les conditions nécessaires pour faire évoluer les cadres législatifs, renforcer les droits des agriculteurs et mieux articuler les initiatives locales avec les politiques nationales de restauration.Les échanges porteront également sur les mécanismes de financement susceptibles de soutenir ces efforts dans la durée. L’objectif est de montrer pourquoi investir dans le reverdissement porté par les agriculteurs peut être avantageux pour les exploitations familiales, les gouvernements et les partenaires financiers, tout en contribuant à la restauration des écosystèmesLa restauration des paysages à travers la Grande Muraille Verte ne concerne pas uniquement la lutte contre la désertification. Elle contribue également aux objectifs des trois Conventions de Rio, relatives respectivement aux changements climatiques, à la diversité biologique et à la lutte contre la désertification.En restaurant les terres dégradées, en favorisant la présence des arbres dans les espaces agricoles et en améliorant la gestion des ressources naturelles, les communautés peuvent participer simultanément à la protection de la biodiversité, à l’adaptation aux changements climatiques et à la lutte contre la dégradation des terres.À l’approche de la COP31, les organisateurs entendent donc mettre en évidence les liens entre les actions menées sur le terrain et les engagements internationaux. Il s’agira notamment de mieux faire reconnaître la contribution des agriculteurs et des communautés rurales aux objectifs mondiaux de restauration.L’événement s’appuiera sur une nouvelle série de cinq notes d’orientation politique récemment publiées par Landscape Alliance. Ces publications doivent alimenter les discussions sur les facteurs de réussite de la restauration communautaire, les politiques publiques favorables, les droits fonciers et les droits sur les arbres, ainsi que les investissements nécessaires pour étendre les pratiques efficaces.Des échanges entre chercheurs, gouvernements et communautésLe programme prévoit plusieurs séquences consacrées aux enseignements tirés des expériences de terrain et aux moyens de renforcer les initiatives existantes.Une première session examinera les raisons pour lesquelles certaines approches de reverdissement ont obtenu des résultats significatifs, en s’appuyant sur les expériences de communautés et de pays engagés dans la restauration. Mawa Karambiri, Irène Ojuok, Mitiku Haile et Yacouba Seybou figurent parmi les intervenants annoncés.Une projection consacrée aux communautés qui pratiquent la régénération naturelle assistée permettra ensuite de donner la parole aux acteurs de terrain et d’identifier les obstacles qui freinent encore l’expansion de ces pratiques.Un deuxième panel sera consacré à la mobilisation collective. Il explorera le rôle respectif des communautés, des gouvernements, des bailleurs de fonds et des partenaires techniques dans la mise à l’échelle des initiatives de restauration. Mieke Bourne, Mamadou Fall, Niclas Gottman et Njamasi Chiwanga sont annoncés parmi les participants à cette discussion.Des travaux en petits groupes permettront également aux participants de dégager des actions concrètes à engager avant, pendant et après la COP31. Les échanges devront aboutir à des messages clés et à un appel collectif à l’action en faveur du reverdissement à grande échelle.Parmi les personnalités annoncées figurent Éliane Ubalijoro, directrice générale de Landscape Alliance, Mieke Bourne, responsable de Regreening Africa et coresponsable du programme K4GGWA, ainsi que des représentants d’organisations de terrain, d’institutions publiques et de partenaires internationaux.Faire de la restauration une dynamique collective et durableAu-delà de la rencontre, l’enjeu est de renforcer les échanges d’expériences et la coopération entre les acteurs engagés dans la Grande Muraille Verte africaine. Les organisateurs souhaitent encourager une restauration inclusive, fondée sur les données probantes, l’apprentissage collectif et le renforcement de la résilience des territoires.La démarche s’inscrit dans la dynamique de la communauté CAGMV et du programme K4GGWA, qui soutiennent les échanges autour de la restauration des paysages et des solutions adaptées aux réalités locales.Pour les pays du Sahel, où les terres agricoles et pastorales sont soumises à de fortes pressions environnementales et climatiques, la régénération naturelle assistée constitue une piste importante pour associer les impératifs de production, la restauration des ressources naturelles et l’amélioration des conditions de vie des populations rurales.La réussite de cette ambition dépendra toutefois de la capacité des acteurs à dépasser les projets isolés, à garantir des droits sécurisés aux communautés et à mobiliser des financements durables. Le défi consiste désormais à transformer les expériences locales réussies en politiques publiques cohérentes, afin que des millions d’exploitations agricoles supplémentaires puissent bénéficier de ces pratiques.Le rendez-vous du 5 novembre entend contribuer à cette mobilisation, avec un message central : pour reverdir durablement la Grande Muraille Verte, les agriculteurs et les communautés doivent être reconnus non comme de simples bénéficiaires des programmes de restauration, mais comme les premiers acteurs du changement.Babaclimat
