Et si les parcours n’étaient plus considérés uniquement comme des territoires à restaurer, mais comme de véritables actifs naturels, économiques et sociaux dans lesquels il est stratégique d’investir ? C’est l’un des messages forts du rapport « Rangelands Rising », officiellement lancé lundi 24 août 2026 à Oulan-Bator, en marge de la COP17 de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD).Coordonné par l’International Livestock Research Institute (ILRI), en collaboration avec l’Economics of Land Degradation Initiative (ELD), le ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ), la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ) et plusieurs autres partenaires, le rapport met en lumière la valeur largement sous-estimée des parcours à l’échelle mondiale.Les chiffres avancés par le rapport sont éloquents : les parcours couvrent plus de la moitié des terres émergées de la planète et génèrent jusqu’à 47 000 milliards de dollars de bénéfices chaque année, grâce notamment aux services liés à l’eau, à l’alimentation, au carbone et à la biodiversité.Selon le rapport, chaque dollar investi dans la restauration des parcours pourrait générer entre 4 et 6 dollars de bénéfices, voire davantage lorsque sont pris en compte les bénéfices indirects et élargis, notamment en matière d’approvisionnement en eau, de biodiversité et de résilience des communautés.Mais cette rentabilité potentielle demeure largement sous-exploitée. L’un des principaux obstacles réside dans l’insuffisance des investissements consacrés aux parcours, notamment dans les financements liés au climat et à la restauration des terres.Le rapport met en évidence un important décalage dans les politiques climatiques nationales. Alors que les forêts sont largement reconnues dans les stratégies climatiques, le terme « rangelands », qui désigne les terres de parcours, ne figure que dans les contributions déterminées au niveau national (CDN) de 24 pays, contre 181 pays pour les forêts.Pour les auteurs du rapport, cette situation traduit un véritable angle mort dans les politiques publiques et les mécanismes de financement de l’action climatique.« Rangelands Rising » entend ainsi contribuer à replacer les parcours au cœur des agendas internationaux consacrés au climat, à la restauration des terres, à la biodiversité et au développement durable.Le rapport insiste également sur un changement de paradigme concernant les populations pastorales. Dans les zones sahéliennes notamment, les éleveurs nomades et transhumants ne devraient plus être considérés uniquement comme des populations vulnérables ou victimes des crises climatiques et foncières.Ils doivent être reconnus comme des acteurs essentiels de la gestion durable des parcours, voire comme des co-investisseurs et des intendants de ces territoires.Cette approche prend une importance particulière dans le Sahel, confronté à la multiplication des conflits d’usage des terres, à l’expansion agricole, à la dégradation des ressources naturelles et aux effets du changement climatique.Le rapport appelle ainsi à sécuriser les droits fonciers et les droits d’usage des communautés pastorales, mais également à préserver les couloirs de passage de la transhumance, indispensables à la mobilité des troupeaux et à la coexistence entre les différents usages des territoires.Le Sahel, laboratoire de résiliencePour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, et particulièrement pour le Sahel, les enseignements de « Rangelands Rising » revêtent une portée stratégique.Les parcours constituent la base de l’élevage pastoral et contribuent directement aux économies rurales, à la sécurité alimentaire, à la biodiversité et aux moyens de subsistance de millions de personnes. Leur dégradation affecte donc bien plus que l’activité pastorale : elle fragilise l’ensemble des systèmes économiques et sociaux qui dépendent de ces territoires.La participation des pays sahéliens au lancement du rapport à la COP17 prend dès lors une dimension majeure. La région apparaît à la fois comme un espace où les conséquences de l’inaction sont particulièrement visibles et comme un laboratoire de résilience, à travers les nombreuses initiatives locales développées pour restaurer les terres, sécuriser la mobilité pastorale et renforcer l’adaptation des communautés au changement climatique.Présenté à la COP17 par le ministre fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement, le rapport « Rangelands Rising » donne une visibilité internationale à un enjeu encore insuffisamment présent dans les agendas d’investissement.Son message est clair : restaurer les parcours ne doit plus être perçu uniquement comme une dépense environnementale, mais comme un investissement dans le capital naturel, économique et social des territoires.À travers la reconnaissance de leur valeur, la sécurisation des droits des communautés pastorales et l’orientation de financements adaptés, les parcours pourraient ainsi devenir l’un des leviers majeurs de la restauration des terres, de la résilience climatique et du développement durable, notamment au Sahel.Babaclimat Journal Agropasteu
